7 "Reds flags" chez quelqu’un qui se présente comme « posturologue »
- carrarapodologie
- 17 août
- 10 min de lecture

L’objectif de cet article n’est pas d’attaquer la posturologie, ni les professionnels qui l’intègrent sérieusement à leur pratique. Il est d’aider le public à distinguer une prise en charge prudente, individualisée et coordonnée d’un discours commercial, pseudo-scientifique ou exercé hors du champ de compétence de la personne.
Avant tout : que signifie réellement « posturologue » ?
En France, « posturologue » ne correspond pas à une profession de santé autonome identifiée par un diplôme d’État. Le terme est utilisé par des personnes issues de formations et de professions différentes, avec des niveaux de formation très variables.
Le point essentiel est donc la profession d’origine. Un médecin, un masseur-kinésithérapeute, un orthoptiste ou un pédicure-podologue exerce dans le cadre de son diplôme et des actes autorisés par les textes. Une formation complémentaire peut enrichir une pratique ; elle ne transforme pas, à elle seule, une personne en professionnel de santé et n’élargit pas automatiquement son champ légal d’exercice.
L’Ordre national des pédicures-podologues le précise explicitement pour sa profession : les diplômes universitaires et interuniversitaires sont des diplômes complémentaires, et non des diplômes d’exercice. L’Ordre indique également que les formations en posturologie ou en biomécanique n’autorisent pas automatiquement l’appellation « posturologue » pour un pédicure-podologue ; le titre réglementé reste celui de pédicure-podologue (ONPP, « Les diplômes reconnus »).
Cela ne signifie pas qu’une formation complémentaire est inutile. Cela signifie qu’elle doit être présentée pour ce qu’elle est : une formation supplémentaire, adossée à une profession et à des compétences clairement identifiables.
1. La personne est « posturologue »… et rien d’autre
Le premier signal d’alerte est l’absence de présentation claire de sa profession de santé d’origine.
La posturologie s’intéresse à l’étude du système postural : la manière dont le système nerveux intègre différentes informations sensorielles (visuelles, vestibulaires, proprioceptives, somatosensorielles )nafin d’organiser le contrôle de la posture, de l’équilibre et du mouvement.
Dès lors qu’elle est utilisée pour évaluer un patient, comprendre ses symptômes ou orienter une prise en charge, elle s’inscrit selon moi pleinement dans le champ de la santé. Son exercice devrait donc rester entre les mains de professionnels de santé formés, capables d’intégrer leurs observations à un raisonnement clinique, de connaître les limites de leur champ de compétence et, si nécessaire, d’orienter le patient vers un autre professionnel.
Un coach sportif, une personne en reconversion professionnelle ou quelqu’un ayant simplement suivi quelques jours de formation privée peut parfaitement acquérir des connaissances sur la posture. En revanche, cela ne devrait pas suffire à prendre en charge des patients comme le ferait un professionnel de santé.
Le mot « posturologue » affiché sur une plaque, un site internet ou un réseau social ne renseigne donc pas, à lui seul, sur la qualification de la personne qui vous reçoit. Avant de lui confier votre santé, demandez-vous :
Quelle est sa profession exacte ?
Quel est son diplôme d’État ou son titre professionnel ?
Est-il inscrit à l’Ordre de sa profession lorsque celle-ci en possède un ?
Dispose-t-il d’un numéro d’enregistrement professionnel ?
Ce qu’il vous propose relève-t-il réellement de son champ de compétence ?
Il faut ici distinguer le bien-être, l’accompagnement sportif et la prise en charge d’un patient. Dès qu’une personne évalue des symptômes, recherche l’origine d’une douleur ou d'un trouble, propose un traitement ou prétend intervenir sur votre santé, le niveau d’exigence ne peut plus être le même.
S’il n’est pas professionnel de santé, fuyez.
2. Elle intervient dans tous les domaines, comme si elle était spécialiste de tout
Un professionnel sérieux connaît ses limites. Il ne transforme pas une formation générale en autorisation d’exercer plusieurs métiers à la fois.
On voit pourtant certains « posturologues » aller bien au-delà de leur champ de compétence : conseils alimentaires, programmes nutritionnels, exercices oculaires complexes ou véritable rééducation visuelle.
Or, chacun de ces domaines relève de compétences spécifiques. La rééducation oculomotrice appartient au champ de l’orthoptie, et les conseils nutritionnels relèvent notamment de professionnels spécifiquement formés et habilités.
La posturologie ne donne pas un passe-droit pour tout faire. Un professionnel doit connaître les limites de ses compétences et savoir orienter le patient.
Le mot utile pour décrire ce mécanisme est ultracrépidarianisme. Dans une chronique publiée par Grevisse, le linguiste français Jean-Christophe Pellat le définit comme le fait de donner son avis sur des sujets pour lesquels on ne possède pas de compétence crédible ou démontrée. Le terme n’est pas encore totalement stabilisé dans les dictionnaires, mais il décrit bien le fait d’outrepasser son domaine d’expertise.
Un bon professionnel sait aussi dire : « Ce n’est pas mon domaine. »
3. Le discours est anti-médecine, ésotérique ou fondé sur des mécanismes invérifiables
Critiquer une recommandation, discuter les limites d’une étude ou proposer une approche complémentaire n’est pas, en soi, un problème. La science n’est pas un dogme : elle progresse en confrontant les hypothèses aux données, en acceptant la contradiction et en corrigeant ses erreurs.
Le signal d’alerte apparaît lorsque la personne :
● dénigre la médecine dans son ensemble ;
● demande d’arrêter un traitement prescrit ou de ne plus consulter ;
● présente des chakras, des énergies, des « fréquences » ou une « information vibratoire » comme des mécanismes thérapeutiques établis ;
● promet une explication unique à des symptômes très différents ;
● répond à toute demande de preuve par un récit personnel, une vidéo promotionnelle ou le témoignage d’un patient.
La médecine fondée sur les preuves consiste à articuler les meilleures données disponibles, l’expertise clinique et les préférences du patient (Sackett et al., BMJ, 1996). Une croyance personnelle peut exister dans la sphère privée mais elle n’a rien a faire dans un cadre thérapeutique.
Plus une affirmation est précise et extraordinaire, plus elle doit être accompagnée de preuves solides, reproductibles et pertinentes pour le patient. Un mécanisme thérapeutique devrait être défini, mesurable et soumis à une évaluation clinique.
Méfiez-vous du verbiage pseudo-scientifique qui mélange données scientifiques, faits établis et affirmations fantaisistes.
La Miviludes invite notamment à se méfier des solutions miracles, des séances très nombreuses et rapprochées, du détournement du parcours de soins et de l’abandon de traitements dont l’efficacité est établie (Miviludes, prévention des dérives sectaires en santé).
4. Le bilan se termine par des semelles dans 100 % des cas
Les semelles ne sont pas une conclusion automatique d’un bilan. Tout le monde n’en a pas besoin.
Lorsqu’elles sont indiquées, elles doivent répondre à un objectif précis et leur intérêt doit être réévalué avec le temps.
Dans beaucoup de situations, elles peuvent être temporaires, modifiées ou arrêtées lorsque le problème évolue. Les renouveler systématiquement tous les ans ou les porter à vie ne devrait pas être la norme.
Une semelle est un outil thérapeutique, pas une obligation.
Il faut aussi vérifier qui prescrit et qui réalise les semelles.
En France, le pédicure-podologue est le professionnel de santé dont le champ de compétence comprend la prescription, la confection et l’application des orthèses plantaires, dans les conditions prévues par le Code de la santé publique (article L. 4322-1 et article R. 4322-1).
Le titre de « posturologue » ne donne aucun droit supplémentaire. Être kinésithérapeute, ostéopathe, orthoptiste, coach sportif ou avoir suivi une formation privée en posturologie ne permet pas pour autant de prescrire et réaliser des semelles comme un pédicure-podologue.
Pour une semelle prescrite à l’issue d’un bilan podologique ou postural, vérifiez donc que la personne qui vous prend en charge est bien pédicure-podologue.
Méfiez-vous des semelles “miracle” présentées comme révolutionnaires grâce à un « résonateur fréquentiel », une action « vibratoire », « ondulatoire » ou d’autres concepts pseudo-techniques.
Un vocabulaire complexe, un brevet ou une technologie prétendument innovante ne constituent pas une preuve d’efficacité.
Il faut pouvoir démontrer que le mécanisme existe réellement et surtout qu’il apporte un bénéfice clinique reproductible et scientifiquement démontré.
Sans preuve, l’innovation reste surtout un argument marketing.
5. L’examen consiste essentiellement à « remettre le corps droit »
La posturologie ne consiste pas à chercher à « remettre le corps droit ».
Le contrôle postural est un phénomène dynamique : notre système nerveux combine notamment les informations visuelles, vestibulaires et somatosensorielles pour adapter en permanence notre équilibre et notre posture à la tâche et à l’environnement. C’est bien ce que décrivent les travaux de Peterka et Horak sur le contrôle postural.
Une asymétrie ou un mauvais « alignement » observé lors d’un examen ne suffit donc pas à identifier un problème. Une posture doit être interprétée en fonction du patient, de ses symptômes, de ses capacités et du contexte.
Les outils de mesure peuvent apporter des informations intéressantes, mais ils ne posent pas un diagnostic à eux seuls.
Un traitement dit de « posturologie » qui repose essentiellement sur la position des segments corporels et cherche à « remettre le patient droit » s’appuie donc sur une vision largement dépassée du contrôle postural.
Réduire aujourd’hui la posturologie à des alignements segmentaires, c’est raisonner avec près de 40 ans de retard sur les connaissances actuelles en contrôle moteur et en neurosciences.
6. Le traitement devient un rituel strict et culpabilisant
Des consignes peuvent être nécessaires dans un traitement. Elles devraient toutefois être expliquées, proportionnées, réévaluées et compatibles avec la vie du patient.
Le signal d’alerte apparaît lorsque la prise en charge devient dogmatique :
● « Ne retirez jamais vos semelles », sans explication ni possibilité de réévaluation ;
● interdits multiples et non justifiés ;
● culpabilisation en cas d’écart ;
● impossibilité de poser des questions ou de demander un second avis ;
● nombre de séances imposé sans objectif ni critère d’arrêt ;
● discours affirmant que le praticien est le seul à pouvoir comprendre ou corriger le problème.
Il ne faut pas qualifier trop vite une situation de « sectaire ». La Miviludes parle de dérive sectaire lorsqu’il existe des pressions ou des techniques visant à créer, maintenir ou exploiter une sujétion psychologique ou physique, avec des conséquences dommageables (Miviludes, définition et signaux). Un protocole strict, à lui seul, ne suffit pas à établir une telle dérive.
En revanche, la perte d’autonomie, la rupture avec les proches ou les autres soignants, la peur, la dépendance financière et le détournement des soins habituels doivent être pris au sérieux. La personne a le droit de connaître l’utilité, les risques, les alternatives et les conséquences prévisibles d’une prise en charge (article L. 1111-2 du Code de la santé publique). Elle peut aussi retirer son consentement à tout moment (article L. 1111-4).
Un traitement ne doit pas devenir un dogme.
7. La personne pense pouvoir tout corriger seule
La septième alerte est la certitude totale : une seule méthode expliquerait les douleurs, les troubles visuels, les migraines, les problèmes digestifs, les blessures sportives, les troubles de l’attention et les symptômes persistants.
La réalité clinique est rarement aussi simple. Une douleur peut être multifactorielle. Un trouble de l’équilibre peut nécessiter une évaluation médicale, vestibulaire, neurologique, visuelle ou musculosquelettique. Une blessure sportive peut impliquer la charge d’entraînement, le sommeil, la force, la technique, l’environnement, la récupération et des facteurs psychologiques.
Un professionnel sérieux sait orienter : vers un médecin lorsque le diagnostic médical doit être précisé, vers un orthoptiste pour une prise en charge de la fonction visuelle, vers un kinésithérapeute pour la rééducation qui relève de son champ, vers un diététicien ou un médecin formé en nutrition lorsque la question alimentaire devient thérapeutique.
La coopération interprofessionnelle n’est pas un aveu de faiblesse. Le ministère de la Santé inclut d’ailleurs la coopération avec d’autres professionnels parmi les compétences attendues du pédicure-podologue (fiche métier).
La compétence, c’est aussi savoir passer le relais.
À quoi ressemble une prise en charge sérieuse ?
Il n’existe pas une seule manière légitime de consulter. En revanche, certains principes sont rassurants :
1. L’identité professionnelle est claire. Le diplôme d’origine, les qualifications complémentaires et le champ d’exercice sont présentés sans ambiguïté.
2. La consultation commence par une anamnèse. Le professionnel écoute la plainte, les antécédents, les traitements, les objectifs et les facteurs de risque.
3. Les tests répondent à une question. On explique ce qu’ils mesurent, leurs limites et la manière dont leur résultat peut modifier la prise en charge.
4. Aucun traitement n’est automatique. Une orthèse, un exercice, une rééducation ou une orientation sont proposés parce qu’ils sont pertinents pour cette personne, pas parce qu’ils sont prévus dans un forfait.
5. Les bénéfices attendus et les incertitudes sont discutés. Le patient peut poser des questions, réfléchir, demander un second avis et refuser.
6. Un suivi est prévu. Il existe des objectifs, des critères d’efficacité, une date de réévaluation et, si nécessaire, une stratégie d’arrêt.
7. Le professionnel sait orienter. Il ne retient pas le patient dans un système fermé et accepte le regard d’un autre soignant.
Conclusion : ne cherchez pas quelqu’un qui a réponse à tout
Le système postural est un système complexe, pas un idéal géométrique. La posturologie peut s’inscrire dans des pratiques sérieuses lorsqu’elle reste reliée à une profession clairement identifiée, à un examen clinique cohérent, à des outils interprétés avec prudence, à des objectifs mesurables et à une collaboration avec les autres professionnels.
À l’inverse, la confusion des titres, les promesses globales, les diagnostics hors champ, les semelles automatiques, les mécanismes invérifiables, les rituels culpabilisants et la prétention à tout traiter doivent inciter à la prudence.
Le meilleur praticien n’est pas celui qui explique tout avec une seule théorie. C’est celui qui sait ce qu’il peut faire, ce qu’il ne peut pas faire, ce qui est démontré, ce qui reste incertain et quand il faut passer le relais.
Votre santé mérite des preuves, des limites et du dialogue.
Références principales
● Ordre national des pédicures-podologues. Les diplômes reconnus et les modalités de mention.
● Code de la santé publique. Article L. 4322-1 : champ d’exercice du pédicure-podologue.
● Code de la santé publique. Article L. 4322-2 : enregistrement et inscription au tableau.
● Code de la santé publique. Article R. 4322-1 : actes professionnels et orthèses plantaires.
● Code de la santé publique. Article R. 4342-1 : actes d’orthoptie.
● Code de la santé publique. Articles L. 4371-1 et suivants : profession de diététicien.
● Code de la santé publique. Article L. 4161-1 : exercice illégal de la médecine.
● Ministère de la Santé. Fiche métier : pédicure-podologue.
● Conseil national de l’Ordre des médecins. Nutrition et obésité : enjeux contemporains et propositions ordinales pour la protection du public, 2026.
● Sackett DL et al. Evidence based medicine: what it is and what it isn’t. BMJ. 1996;312:71–72.
● Peterka RJ. Sensorimotor integration in human postural control. Journal of Neurophysiology. 2002;88:1097–1118.
● Horak FB. Postural orientation and equilibrium: what do we need to know about neural control of balance to prevent falls?. Age and Ageing. 2006;35(Suppl 2):ii7–ii11.
● Visser et al. The clinical utility of posturography. Clinical Neurophysiology. 2008;119:2424–2436.
● Woldendorp KH et al. Quality and usability of clinical assessments of static standing and sitting posture: a systematic review. Journal of Back and Musculoskeletal Rehabilitation. 2022.
● Igwesi-Chidobe CN et al. Exploring the clinical utility of postural outcome tools for back and neck pain clinical outcomes. F1000Research. 2025.
● Grevisse, Jean-Christophe Pellat. Ultracrépidarianisme, un mot à la mode, 2 mars 2023.
● Code de la santé publique. Articles D. 4364-1 à D. 4364-6 : champ des métiers de l’appareillage.
● Décret n° 2024-518 du 7 juin 2024. Adaptation, dans le cadre d’un renouvellement, des prescriptions d’orthèses plantaires.
● Miviludes. Comment identifier une dérive sectaire ?.
● Haute Autorité de santé. Décision médicale partagée : synthèse.
● Code de la santé publique. Article L. 1111-2 : droit à l’information.
● Code de la santé publique. Article L. 1111-4 : consentement libre et éclairé.



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