Talonnettes en gel : fausse bonne idée pour les douleurs du pied
- carrarapodologie
- 19 oct. 2025
- 4 min de lecture

Les talonnettes en gel sont souvent proposées pour soulager les douleurs du talon, de l’aponévrose plantaire ou du tendon d’Achille. Mais leur efficacité est limitée et parfois contre-productive. Découvrez pourquoi et quelles sont les vraies solutions podologiques.
Les talonnettes en gel : confort immédiat, efficacité discutable
Les talonnettes en gel sont régulièrement présentées comme une solution simple et rapide contre la douleur au talon, à l’aponévrose plantaire ou au tendon d’Achille. Leur promesse repose sur un argument séduisant : absorber les chocs et améliorer le confort.
Pourtant, les études et la pratique clinique montrent que leur utilisation prolongée n’apporte pas de bénéfice durable. Pire, elles peuvent aggraver certaines douleurs par leurs effets mécaniques indésirables.
1. Une instabilité qui perturbe la biomécanique du pied
Le gel est un matériau souple et compressible. Lorsqu’il s’écrase sous la charge du corps, il crée une instabilité du talon. Ces micro-mouvements latéraux et verticaux perturbent la chaîne musculaire et tendineuse, augmentant parfois la tension sur le tendon d’Achille au lieu de la soulager.
Les matériaux trop mous peuvent également provoquer des frottements dans la chaussure, entraînant irritations et inflammation du tendon.
Cette souplesse excessive présente un véritable piège biomécanique. Un matériau trop mou sous l’arrière-pied favorise l’enfoncement du calcanéum, surtout du côté interne. Cela accentue le valgus d’arrière-pied et augmente mécaniquement la tension sur le tendon d’Achille et sur l’aponévrose plantaire.
En clair : plus c’est mou, plus le pied s’effondre, et plus les contraintes augmentent.
Dans le cadre d’une douleur liée à un excès de pronation — ce qui est le cas le plus fréquent — la talonnette en gel accentue le trouble mécanique au lieu de le corriger.
2. Aucun effet correcteur sur les troubles mécaniques
Les talonnettes en gel n’ont aucune action sur les déséquilibres biomécaniques.
Elles n’apportent qu’un amorti passif, désorganisé , sans rééquilibrer les appuis ni corriger la cause du problème.
À l’inverse, une orthèse plantaire sur mesure permet de répartir les charges, de stabiliser le pied et de traiter l’origine du trouble.
3. Un raccourcissement artificiel du tendon d’Achille
En surélevant le talon, les talonnettes modifient la longueur fonctionnelle du tendon d’Achille.
À court terme, la douleur peut diminuer, mais à long terme le tendon perd sa capacité d’adaptation.
Ce raccourcissement artificiel entretient la raideur musculaire et favorise les récidives.
Les études de rééducation excentrique montrent au contraire que le tendon doit être soumis à une charge progressive pour se renforcer durablement.
4. L’effet élastique du gel : un piège insidieux
Les propriétés élastiques du gel provoque des micro-vibrations sur la zone d’insertion du tendon d’Achille ou de l’aponévrose plantaire.
À long terme, cela peut aggraver une tendinopathie ou une épine calcanéenne.
5. Un confort trompeur et de courte durée
Les talonnettes en gel retiennent la chaleur et l’humidité, ce qui favorise la sudation, la macération et les glissements dans la chaussure.
Ce manque de stabilité altère la proprioception et fatigue davantage la musculature postérieure du pied.
De plus, elles s’usent rapidement, s’affaissent et se déforment, entraînant un déséquilibre entre les deux pieds.
6. Un soulagement symptomatique, pas un traitement
Les talonnettes en gel n’agissent que sur le symptôme, sans corriger la cause du trouble.
Elles peuvent retarder la mise en place d’une prise en charge adaptée : travail de posture, renforcement musculaire, ou adaptation du chaussage.
Elles sont donc à considérer uniquement comme une solution transitoire, jamais comme un traitement de fond.
7. Ce que disent les études scientifiques
Les recherches confirment l’absence de bénéfice durable des talonnettes souples :
* Lowdon (1984) : aucun effet significatif dans les tendinites d’Achille.
* Pfeffer (1999) et Niazi (2015) : soulagement rapide mais sans amélioration durable.
Stuber (2006) et Landorf (2008) : les semelles rigides et bien conçues donnent de meilleurs résultats à moyen terme.
* Schuitema (2020), Chang (2022) et Koc (2023) : effet purement palliatif, sans correction posturale ni biomécanique.
Ces résultats soulignent l’importance d’une approche individualisée, centrée sur la cause mécanique et non sur le confort immédiat.
8. Les vraies solutions podologiques
Pour traiter efficacement une douleur de talon ou de tendon d’Achille, il faut :
– Un diagnostic précis par un podologue.
– Des orthèses plantaires sur mesure qui rétablissent les appuis.
– Des chaussures stables, adaptées à la morphologie et à l’activité.
–De la rééducation fonctionelle
La talonnette en gel n’est réellement utile qu’en l’absence de déséquilibre mécanique et dans les cas où la douleur provient uniquement de microchocs répétés. Ce profil reste rare en consultation. Traiter le symptôme ne suffit pas : il faut en corriger la cause.
Références principales
- Lowdon A, Bader DL, Mowat AGM. The effect of heel pads on the treatment of Achilles tendinitis: a double blind trial. Am J Sports Med. 1984;12(6):431–435.
- Pfeffer G, Bacchetti P, et al. Comparison of Custom and Prefabricated Orthoses in the Initial Treatment of Proximal Plantar Fasciitis. Foot Ankle Int. 1999;20(4):214–221.
- Niazi NS, Niazi SNK, et al. Effect of the silicone heel pad on plantar fasciitis. J Pak Med Assoc. 2015;65(S3):S123–S126.
- Stuber K, Kristmanson K. Conservative therapy for plantar fasciitis: a narrative review of randomized controlled trials. J Can Chiropr Assoc. 2006;50(2):118–133.
- Landorf KB, Menz HB. Plantar heel pain and fasciitis. BMJ Clin Evid. 2008;2008:1111.
- Schuitema D, et al. Effectiveness of Mechanical Treatment for Plantar Fasciitis: A Systematic Review. J Sport Rehabil. 2020;29(5):657–672.
- Chang AH, et al. What do we actually know about a common cause of plantar heel pain? J Foot Ankle Res. 2022;15:57.
- Koc TA Jr, et al. Heel Pain—Plantar Fasciitis: Revision 2023. J Orthop Sports Phys Ther. 2023;53(4):CPG.





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